Copertina di Rechordatio
Rechordatio
Chitarra sola
Thomas Schuttenhelm
Les Productions d’OZ
2026
COD: DZ 4617
ISBN: 978-2-89852-534-9
Rechordatio is both an act of remembrance and a gesture of gratitude. The piece grows from two musical relationships that have been deeply meaningful to me: my encounters with the Italian composer Angelo Gilardino and my long-standing admiration for the Sardinian guitarist Cristiano Porqueddu. I first met both artists in 2009 at the Guitar Foundation of America summer festival in Ithaca, New York, where Gilardino was inducted into the Hall of Fame. I had traveled there specifically to meet him, already aware of his importance as a central figure in modern guitar composition. At that same festival, I heard Porqueddu perform selections from Gilardino’s extensive catalogue. His playing made an immediate impression: an extraordinary command of color, timbre, and dynamic nuance, combined with an interpretive clarity that seemed to reveal the inner life of the music. In the years that followed, I corresponded with Gilardino and was fortunate to visit him at his home in Vercelli. Our conversations centered on composition. At the time, he was working on his Sette Preludi, and I remember listening with him as he described his process in detail. Porqueddu has since become one of the most important advocates for Gilardino’s music, both in performance and on record. His recordings—particularly his landmark interpretation of Gilardino’s Studi di virtuosità e di trascendenza set an exceptional standard. In live performance, his playing takes on an almost otherworldly quality, where precision and imagination are held in rare balance. The immediate impetus for Rechordatio came after hearing Porqueddu perform at Carnegie Hall in October 2022. That concert, and our time together afterward, remained vivid in my memory. The following morning, I began sketching this piece as a way of bringing these two figures: composer and performer, into a single musical space. At the core of the work is a simple but generative idea: the pitches A–G–E, derived from Angelo’s name and realized here as A–G–E. This three-note cell functions as both harmonic and motivic seed. It is first heard as a chord in the opening measure: the “Angelo chord”, and returns throughout the piece in varied forms, acting almost as a refrain. In this way, the music continually recalls its origin, much as memory itself returns, reshaped but persistent. The title Rechordatio reflects this idea of remembrance. While recordatio (Latin: recollection) would be the conventional form, the added “h” foregrounds the chord, the sounding object through which memory becomes audible. The piece thus becomes not only a memorial, but an ongoing act of recollection in sound. More broadly, the work reflects my engagement with Gilardino’s musical language, especially his approach to polyphony. His writing expands the expressive possibilities of the guitar through finely controlled layers of line and color, often shaped by subtle changes of string and position. In Rechordatio, these ideas are not imitated but absorbed and reimagined. The piece is offered in homage: to Gilardino, whose legacy continues to resonate, and to Porqueddu, whose artistry ensures that this legacy remains vividly alive in sound.

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Rechordatio est à la fois un acte de mémoire et un geste de gratitude. L'œuvre est née de deux relations musicales qui ont été profondément marquantes pour moi : mes rencontres avec le compositeur italien Angelo Gilardino et mon admiration de longue date pour le guitariste sarde Cristiano Porqueddu.
J'ai rencontré les deux artistes pour la première fois en 2009, lors du festival d'été de la Guitar Foundation of America à Ithaca, dans l'État de New York, où Gilardino a été intronisé au Hall of Fame. J'avais fait le voyage spécifiquement pour le rencontrer, pleinement conscient de son importance en tant que figure centrale de la composition moderne pour guitare. Lors de ce même festival, j'ai entendu Porqueddu interpréter des pièces issues du vaste catalogue de Gilardino. Son jeu m'a immédiatement impressionné : une maîtrise extraordinaire de la couleur, du timbre et des nuances dynamiques, alliée à une clarté d'interprétation qui semblait révéler la vie intérieure de la musique.
Au cours des années qui ont suivi, j'ai correspondu avec Gilardino et j'ai eu la chance de lui rendre visite chez lui, à Verceil. Nos conversations tournaient autour de la composition. À l'époque, il travaillait sur ses Sette Preludi, et je me souviens l'avoir écouté me décrire son processus de création en détail.
Depuis lors, Porqueddu est devenu l'un des plus ardents défenseurs de la musique de Gilardino, tant au concert qu'au disque. Ses enregistrements — en particulier son interprétation historique des Studi di virtuosità e di trascendenza de Gilardino — ont fixé un niveau d'excellence exceptionnel. En concert, son jeu prend une dimension presque surnaturelle, où la précision et l'imagination se maintiennent dans un équilibre rare.
L'impulsion immédiate de Rechordatio est survenue après avoir entendu Porqueddu se produire au Carnegie Hall en octobre 2022. Ce concert, ainsi que les moments passés ensemble après coup, sont restés gravés dans ma mémoire. Le lendemain matin, j'ai commencé à esquisser cette pièce afin de réunir ces deux figures — le compositeur et l'interprète — au sein d'un même espace musical.
Au cœur de l'œuvre se trouve une idée simple mais génératrice : les notes La–Sol–Mi (A–G–E), dérivées du prénom d'Angelo et transposées ici en La♭–Sol–Mi. Cette cellule de trois notes fonctionne à la fois comme une graine harmonique et motivique. On l'entend d'abord sous forme d'accord dès la première mesure : l'« accord d'Angelo », qui revient tout au long de la pièce sous des formes variées, agissant presque comme un refrain. De cette manière, la musique rappelle continuellement son origine, à l'image de la mémoire elle-même qui revient, transformée mais persistante.
Le titre Rechordatio reflète cette idée de souvenir. Alors que recordatio (en latin : le souvenir, le rappel) en serait la forme conventionnelle, le « h » ajouté met en avant l'accord (chord), l'objet sonore à travers lequel la mémoire devient audible. La pièce devient ainsi non seulement un hommage commémoratif, mais un acte continu de remémoration par le son.
Plus largement, l'œuvre reflète mon dialogue avec le langage musical de Gilardino, en particulier son approche de la polyphonie. Son écriture repousse les possibilités expressives de la guitare grâce à des strates de lignes et de couleurs finement contrôlées, souvent façonnées par de subtils changements de cordes et de positions. Dans Rechordatio, ces concepts ne sont pas imités, mais absorbés et réimaginés.
Cette pièce est offerte en hommage à Gilardino, dont l'héritage continue de résonner, et à Porqueddu, dont le talent artistique veille à ce que cet héritage reste intensément vivant à travers le son.

- Thomas Schuttenhelm, 2026